Souvenirs radio

Souvenirs radio

La FM libre, les blancs à l'antenne, les K7 rafistolées.

C'était les années 80. La FM venait d'être libérée.

Je n'ai pas connu une radio bien peignée, la raie au milieu et le petit doigt sur la couture.

J'ai connu la radio libre.

L'impro en direct.
Les studios en joyeux désordre.
Les vinyles rayés. Les titres qui finissent trop tôt. Les blancs à l'antenne.

Les pubs bricolées — enregistrées en direct ! — sur des K7 tronquées et rafistolées pour tenir en 20 ou 30 secondes.

J'ai connu les bob', les montages aux ciseaux, faits à la main, sur le pouce. L'urgence. L'impro.

Le gars qui fume au-dessus de la table de mixage.
Les auditeurs qui t'attendent à la sortie pour savoir à quoi tu ressembles.
Ceux qui affichent fièrement le pare-soleil au nom de ta radio sur leur voiture, ou le sticker sur la 103.

Un vrai théâtre. Simplement, les planches étaient différentes.

Alouette - 2000's
Écouter · Sophie sur Alouette
Le direct comme école

Apprendre vite. Oser.

Cette radio-là n'avait rien de tiède. On apprenait sur le tas, et de nos erreurs.

Il fallait gérer les aléas, relancer, improviser, teaser, parler vite quand il le fallait — ou longtemps pour combler le blanc d'un vinyle oublié sur la platine.

Et parler, justement.

Il n'y avait pas que les fréquences de la FM qui avaient été libérées : la parole aussi.

On était encore loin des cages bien formatées à quelques secondes, le temps de donner le nom de la radio et du tube qui passe « dans quelques instants » — autrement dit : après la pub.

Mais je digresse.

Une joyeuse ère montée au culot, aux vinyles qui craquent sous la cellule, au disque rayé, aux dédicaces lancées dans le direct.

Un coucou à Nathalie qui nous écoute dans la boulangerie La Belle Miche de Plounevarz-sur-Odet.

La place était libre. Il suffisait de la prendre. Et jubiler.

Tout retour en arrière était impossible. C'était ça, le direct.

Et quand c'était dit, c'était dit.

Le joyeux bordel, la vraie formation

La bidouille comme discipline.

La formation venait du vivant. De la concurrence. Du bordel. Du culot. Des imprévus. De la nécessité de faire avec ce qu'il y avait, tout de suite, maintenant.

L'art de la bidouille élevée au rang de discipline : un jour, on passe de « faire de la radio bénévolement le week-end — ou en séchant les cours dans le patelin d'à côté » à se risquer à la capitale et s'incruster sur une antenne où il faut plus de dix doigts pour compter son audience.

Une époque encore où les heures de forte audience sont une affaire sérieuse.

Le rôle de la femme à l'antenne reste alors accessoire, souvent campé en potiche du binôme, faire-valoir de l'animateur.

À ce jeu-là, je dois être l'une des premières à tenir seule un drive time. Un 16/20 h, pensez donc.

Et tac.

Le petit bout de caractère prend le pas et envoie dinguer les routines et les usages.

Au milieu de tout ça, quelque chose se forgeait. Certains ont fait les frais de mon effronterie.

C'est avec une grande tendresse et beaucoup de gratitude que je pense à ceux qui m'ont dit « chiche », m'ont laissée faire, m'ont fait confiance, ou m'ont titillée avec un « montre voir si tu peux faire mieux ».

Dans l'ordre d'apparition sur l'écran :

Merci à Jean-Jacques Gire, Dominique Chanon, Marc Scherrer, Jacques Lannegrand, Karl Weege, Bertrand De Villiers et Nicolas Gicquel.

Ce qui reste

Curiosité, jeu, dérapage contrôlé.

Il reste une joie de faire exister quelque chose dans l'instant.

Quelque chose de vrai, de naturel, peut-être parfois un peu cabossé. Peu importe : vivant.

Si je peux aujourd'hui tenir certains personnages plus débridés, accélérer, teaser, rebondir, ou faire sentir une énergie plus libre, la radio y est pour beaucoup.

Ces graines plantées là fleurissent encore dans mon jardin.

Plutôt que de ronronner dans une nostalgie couleur sépia, je chéris la flamme qui ne demande qu'à rencontrer la mèche.

Radio libre · FM années 80 · K7 rafistolées · vinyles rayés · direct · drive time · joyeux bordel